La Paz, du 18.08.09 au 22.08.09

Ecrit par Flo, le 11-09-2009 01:59

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Apres 3 semaines de cavale au Perou, nous voici arrives en Bolivie pour une petite vingtaine de jours intenses en sport et ... en emotions! VTT, alpinisme, archeologie, speleologie, trip en 4x4... pour nous, la Bolivie a ete une veritable destination aventure!
Mais avant de raconter tout ca, commencons par une breve presentation: la Bolivie est un pays tellement hors du commun qu'il pourrait se decrire uniquement a l'aide de superlatifs: nation la plus haute de l'hemisphere sud, la plus isolee et la plus accidentee, elle connait des conditions climatiques extremes (froid glacial, vents violents et chaleur etouffante) et comprend des regions parmi les plus desertiques, les plus salees et les plus marecageuses du globe. Mais ce n'est pas fini: la Bolivie est aussi le pays le plus pauvre d'Amerique du Sud, et compte la plus forte proportion de population indigene avec 65% d'indiens (Aymara, Quechua, Guarani) et plus d'une trentaine d'autres groupes ethniques.
Comme le Perou, elle possede de superbes temoignages d'anciennes civilisations (ruines pre-colombiennnes notamment), mais apres 2 semaines de visites culturelles au Perou, nous avions envie de changer un peu; finis les cours d'histoire... place a l'action! ;-D.
Et ce a commencer par La Paz.



18.08.09: arrivee dans la capitale

Loooooooongue journee! Normal, elle a commence apres une loooooongue nuit dans le bus qui nous emmenait de Cuzco (Perou) a La Paz. Heureusement, notre fatigue a ete compensee par des vues superbes sur le lac Titikaka au lever du soleil, alors qu'on longeait sa rive sud pour rejoindre la frontiere bolivienne. C'est une fois arrives a la frontiere que nous avons ete acheves: devant nous, une file d'environ 300 personnes sortait du bureau de l'immigration, rien que pour se faire tamponner un papier! Apres, nous attendait encore la queue (plus petite, ouf) pour le tampon de sortie du Perou, et enfin celle pour le tampon d'entree en Bolivie! Ben on n'etait pas sortis. Au total, on a du passer 3 bonnes heures a la frontiere... heureusement, on avait de la compagnie: un couple de jeunes tourdumondistes comme nous (Sandro et Pauline), et un couple plus age de backpackers. On a beaucoup echange, principalement sur nos differentes experiences de voyage, et comme Sandro et Pauline avaient deja bien parcouru la Bolivie et le Chili, ils nous ont donne plein de bons plans ;-D.
On est finalement arrives dans la capitale bolivienne en debut d'aprem, et on s'est trouve un petit hotel pas loin de la gare routiere. La proprietaire (une petite meme toute chou) etait assez dure en affaires; on a tout de meme reussi a negocier notre chambre a un prix correct: 60 Bolivianos (6 euros).
On a commence par une sieste pour recuperer un peu, et on a retrouve Minhass (un pote de promo) dans un restau sympa en ville. Ma foi, ca faisait bien plaisir de revoir ce vieux Minhass apres tant de temps! On avait tellement de trucs a se raconter qu'on a du mettre une bonne heure et demie avant de passer la commande... ;-D.
On a donc passe la soiree tous les trois, et on est rentres chacun de notre cote pour une grosse nuit, enfin!



19.08.09: decouverte de La Paz, avec Minhass

On n'avait rien prevu pour aujourd'hui, a part flaner dans la ville et reserver un bus pour notre prochaine etape. Enfin si, au debut on devait faire l'ascension du Huayna Potosi avec Minhass (un "6000m", accessible aux debutants a ce qu'il parait), mais le plan est tombe a l'eau; Minhass ayant d'autres imperatifs de majeure importance (une jolie peruvienne, si on a bien compris... sacre Minhass!). On a donc passe la journee tous les 3, mais au lieu de visiter la ville, on a juste fait le tour de TOUS les magasins d'artisanat pour l'aider a trouver les souvenirs et autres cadeaux qu'il voulait ramener en France. Moi ca m'allait bien, j'adore faire les magasins! Et puis franchement, La Paz on n'a pas trouve ca tres beau: il n'y a pas d'unite, pas vraiment de place centrale, et ca grouille de partout... en resume, on se sent un peu etouffes ici, trop d'agitation pour nous!
Le seul truc qu'on a bien aime c'etait le "marche aux sorcieres", ou les vendeuses (peut-etre des vraies sorcieres?) proposaient des trucs completement incroyables, comme par exemple des foetus de lamas! Bien gore: c'est tout desseche, un peu comme des momies, mais il parait que ca porte chance... (cf. photos)
Apres la matinee shopping, on a fait le tour des agences pour s'organiser notre excursion dans la jungle bolivienne, plus au nord (ville de Rurrenabaque); dans le guide ca avait l'air de cartonner! Sauf qu'en se renseignant sur place et en regardant les diaporamas des agences, ca ne nous faisait plus du tout envie: deja parce qu'on n'y verrait pas beaucoup d'animaux (juste des serpents, des crocos et des oiseaux), mais en plus parce que sur les photos, la jungle avait l'air tres abimee. En resume, l'excursion avait l'air d'etre a 1000 lieues de nos 3 jours au Chitwan (Nepal), quand on avait trekke sur des elephants et qu'on avait vu des rhinos! S'ajoutait a tout ca le prix du billet d'avion pour Rurrenabaque (200 euros aller/retour!), plutot dissuasif. Comme on avait trop peur d'etre decus par rapport a ce qu'on avait deja vu, on a laisse tomber... la jungle amazonienne, ca sera pour un autre voyage!
Consequence: on a 3 jours d'avance sur notre planning... mais comment va-t-on bien pouvoir s'occuper? S'ennuyer, nous? Ca serait mal nous connaitre. Ni une, ni deux, on a fait le tour des agences (encore...) pour reserver notre premiere journee aventure: la "descente de la mort" a VTT. C'est comme ca que les Boliviens nomment une portion de route qui serait statistiquement la plus mortelle au monde: avec ses 3,20m de large et sa falaise litteralement verticale en bord de chemin (sans barrieres, bien entendu), elle aurait en effet a son compteur 26 vehicules qui y basculent chaque annee . Les causes? L'etroitesse de la route, bien sur, mais surtout l'alcool au volant...
Rassurez-vous, cette route n'est plus aujourd'hui empruntee par les voitures, car une nouvelle voie goudronnee a ete construite il y a 2 ou 3 ans. N'y circulent donc desormais que des cyclistes en quete d'adrenaline... OUF!
Apres avoir trouve notre bonheur, on a fini la soiree dans un restau tres local, ou on a mange la "cena", le menu-diner typiquement bolivien : soupe + plat, le tout pour 4 Bolivianos (40 centimes d'euros), qui dit mieux!!



20.08.09: the "death road"

Aujourd'hui on est des fous, on va risquer notre vie sur la route de la mort!
A 7h on avait rendez-vous avec notre guide a l'entree de notre hotel. On nous avait prevenus: en Amerique du Sud le mot "ponctualite" n'existe pas... on a donc du passer 20 bonnes minutes a poireauter dans le congelateur qu'est le salon de l'hotel, avant d'enfin embarquer dans le minivan... direction, le petit dej! On a rejoint une petite dizaine d'autres touristes dans un cafe local ou on nous a servi cafe, tartines etc... On etait assis a la table de Daniel, un polonais qui voyage en mode "rootz" depuis quelques mois: couchsurfing, autostop et meme squat dans les eglises! Bref, super original le Daniel, on aime bien.
On est repartis vers 8h30 pour une petite heure de voiture avant d'enfourcher les VTT. Une fois tout en haut de la montagne (oui j'ai oublie de preciser: c'est une excursion de flemard: on ne fait que de la descente!), ils nous ont file toute la panoplie necessaire pour avoir l'air bien ridicules: k-way rouge petard, casque deglingue et gants de jacky. Lol, ben avec ca on va se sentir pros!
On a commence par 20 km de route goudronnee (facile ;-D) avant d'entamer la partie gravillonnee; la fameuse "death road". C'est a partir de la que le drame a commence... je le savais: les descentes a velo et moi, ca fait deux! J'ai pourtant tout fait pour ne pas trop retarder le groupe, mais au bout de 5 minutes, je ne voyais deja plus personne a l'horizon... ben tant pis, moi au moins je profite des paysages! Et puis accessoirement, je ne mourrai pas aujourd'hui...
Serieusement, ca allait bien trop vite pour moi: non seulement il y avait une bonne centaine de metres de vide au bord du chemin (qui fait 3 metres de large, rappelons-le), mais en plus les graviers nous faisaient deraper tous les 15 metres. Et les autres ils allaient a fond les ballons, tranquilles paisibles.
Resultat, j'ai passe presque toute la matinee a 500m derriere le groupe, et Clement venait parfois me tenir compagnie c'etait sympa ;-D. Eh ben au final j'ai vraiment adore! D'abord parce que les paysages etaient superbes, a base de forets de jungle amazonienne et de falaises vertiginieuses, mais aussi parce qu'a la fin, j'arrivais presque a suivre le rythme du groupe, victoire!
On a fini la descente vers midi dans un petit village perdu dans la montagne, ou les organisateurs nous ont fait attendre une grosse heure pour nous forcer a acheter des boissons dans le bar prevu a cet effet. Ben non, nous on n'est pas des pigeons, on ne tombe pas dans le piege! On a donc attendu sagement de repartir; de toute facon le dejeuner est prevu dans un autre village. La c'etait sympa, il y avait une piscine, un buffet et on pouvait meme se doucher: grand luxe!
On a pris le chemin du retour vers 15h, et on a mis 4 heures pour revenir a La Paz... autant dire qu'il y a du boulot ici en travaux routiers!
Sur le chemin du retour, on a pas mal parle avec Daniel: il a deja reserve une excursion de 3 jours pour faire l'ascension du Huayna Potosi, a partir de demain... evidemment, ca nous a travailles pendant un bon moment. C'est vrai qu'il y a trois jours on n'en avait pas tellement envie, mais maintenant qu'on s'etait remis du trek de l'Ausangate, on se disait de plus en plus que ca pourrait etre sympa.
Des notre arrivee a La Paz, on a donc fait la fermeture de quelques agences, pour savoir si une d'elles organisait un tour de 2 jours a partir de demain... c'est qu'il ne nous reste plus que 2 mois pour faire le tour de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine, on ne voudrait donc pas perdre un jour a ne rien faire!
D'abord, on n'a eu que des reponses negatives: soit on part demain pour un tour de 3 jours (le premier jour etant un echauffement pour s'habituer a marcher en altitude), soit on part apres-demain pour 2 jours. En fait c'est simple, toutes les agences avaient l'air de proposer la meme chose, au meme prix... jusqu'a ce que par hasard, on entre dans un petit couloir sombre pour trouver, tout au bout, une agence de voyage plus discrete que les autres. On a donc explique notre dilemne a la proprietaire, qui nous a tout de suite repondu qu'il y aurait surement moyen de s'arranger... 2 jours a partir de demain: "no problemo", il y aura juste 2 ou 3 coups de fils a passer ce soir et ca devrait le faire. YES! Bingo! C'est parfait: non seulement on a trouve exactement ce qu'on voulait (ce qui n'etait pas gagne a cette heure si tardive), mais en plus on aura un guide rien que pour nous deux (alors que les autres excursions se font en groupes de 6 ou 7), et cerise sur le gateau: ici c'est moins cher qu'ailleurs!
Moi j'etais completement emballee, mais Clem restait bien perplexe: pour lui, il y a quuelque chose de louche. C'est pas normal qu'on ait notre guide prive et qu'on paye moins cher que les groupes plus nombreux... quelque part, il n'avait pas tord! Il a donc fait le tour le l'agence a la recherche du "certificado de funcionamento", un certificat qui officialise les activites proposees par les agences, en quelque sorte. Mais il n'a rien trouve; tout s'explique! C'est la qu'on s'est serieusement poses la question: faut-il vraiment tenter l'aventure avec cette agence non officielle, sachant qu'il s'agit tout de meme d'un trek de tres haute altitude, sur des glaciers etc...?
On a donc demande a voir l'equipement propose, et la on a ete rassures: grosses chaussures de marche, crampons, piolet, cagoule, manteau, pantalon, harnais, moufles, lampes frontales... tout etait la.
Et puis c'etait maintenant ou jamais, alors on s'est lances: rdv demain matin a 8h pour essayer l'equipement!




21.08.09: premiere journee de marche - du camp de base (4700m) a l'"alto campo" (5130m)

On etait au rdv ce matin a l'agence, ou on a passe une petite heure a tout essayer; des chaussures a la cagoule. On a mis tout ca dans les sacs qu'ils nous ont pretes (on avait laisse nos gros sacs a dos a l'hotel; il etait tout simplement hors de question de les emporter avec nous!!) et on a pris la route pour 2 petites heures avant d'arriver au camp de base du Huayna Potosi. Tout au long de la route, on pouvait admirer l'imposant sommet, qu'on allait gravir demain matin... ;-S aie aie, il va falloir s'accrocher!
Une fois au camp de base, on a dejeune avec notre guide, Felipe. Il n'est pas tres bavard, mais la premiere chose qu'il nous a dite nous a mis tres a l'aise; ca fait 12 ans qu'il bosse en tant guide sur le Huayna Potosi... aaaaaaaaaah voila qui est rassurant! On n'a plus de souci a se faire: certificado ou pas, on est entre de bonnes mains!
A table il y avait aussi un canadien, "Frinssoet" (Francois), avec qui on a un peu parle. En resume, c'est un gros malade mental: il est arrive hier soir au camp de base, sans sac de couchage, sans rien en fait, et voulait se faire l'ascension du Huayna dans la nuit, d'une seule traite... (il faut savoir que l'on conseille de le faire en 3 jours!). Il est donc parti vers 23h avec une lampe en esperant rejoindre les groupes qui partaient a 3h du mat du campo alto, un peu plus haut. Sauf que comme un gland, il s'est plante de chemin et a du faire demi-tour! Lol, la loose...
Heureusement, les proprietaires du refuge lui ont prete un duvet, pour qu'il puisse passer la nuit.
Bref, donc nous on est partis vers 13h pour rejoindre le campo alto, quelques 300 metres plus haut.
Juste au depart, on a rencontre un francais qui redescendait du Huayna. On lui a demande comment c'etait, et il nous a juste repondu: "oh ca va, globalement c'est pas trop dur; il y a juste une petite partie technique a la fin". Pas trop dur... c'est ca! Si on avait su ce qu'on allait vivre le lendemain matin, je crois qu'on l'aurait tue sur le champ, ce petit c..!
Mais revenons-en a notre premier jour de rando: a priori, ca devait etre une ascension facile, du moins pour nous qui avions fait le trek de l'Ausangate quelques jours plus tot. Sauf qu'avec Felipe, la rando s'est presque metamorphosee en un sprint de montagne: le mec, c'est un surhomme, il marche a 1000 a l'heure et il ne s'arrete jamais, JAMAIS! Je suis sure que c'etait un robot: il n'a pas bu d'eau pendant 2 jours...
Bref, j'etais obligee de crier (il etait toujours 20 metres devant nous) "STOOOOP" pour qu'on ait droit a quelques minutes (euh... secondes!) de repos.
Au final, je crois qu'on a explose un record: on a mis 1h15 pour monter, alors que les "normes" (selon les guides de rando) sont de 3h! C'etait cool, il etait 14h30 et on avait tout l'apres-midi pour se reposer et profiter de la vue. Moins cool: on avait les poumons exploses... qu'est-ce que ca va etre demain? On ne veut meme pas savoir!
Dans l'apres-midi, on a ete rejoints par Frinssoet, puis un peu plus tard par un Suisse et son ami guide. Ca sera tout pour aujourd'hui; on sera donc seulement 6 a grimper cette nuit, au lieu des groupes de 15 touristes les autres jours; quelle chance!
La grande table du salon a donc ete facile a partager: on a tous pris le gouter, puis le repas ensemble. Enfin presque: Frinssoet a passe l'aprem au lit, dans le dortoir a l'etage... pas tres bon signe!
Evidemment, il a fallu que je fasse mon action boulette des la nuit tombee: j'ai voulu aller aux toilettes une derniere fois avant de me coucher, et comme il faisait super froid dehors, je suis partie toute equipee: gants, bonnet etc... Sauf qu'il faisait tout noir et que j'ai reussi a me debrouiller pour faire tomber un gant dans le trou! Malheur, pas moyen de le recuperer: c'etait des toilettes "nature", vous savez ceux qu'on trouve en montagne avec 3 metres de vide en dessous de la cuvette, et des choses pas tres jolies tout au fond... Je n'ai meme pas cherche a trouver une entree a la fosse; il etait juste hors de question que je m'aventure la-dedans!
Evidemment, ca a beaucoup fait rire Clem, qui s'est empresse d'aller voir par lui-meme l'ampleur des degats... ah les mecs!
En attendant, demain j'aurai un gant de moins, ca va etre tendu... heureusement qu'on a les moufles pretees par l'agence, sinon je ne pouvais pas monter!
On s'est couches super tot (19h); c'est que cette nuit, on doit etre partis a 3h, tout equipes!



22.08.09: journee de psycopathes :-SSS - Campo Alto (5130m) - Sommet (6088m) - Camp de Base (4700m) - La Paz


Malgre le froid et le bruit fracassant du vent qui s'abattait sur la tole du refuge, on n'a pas trop mal dormi... faut dire, on avait garde presque tous nos habits sur nous, meme notre bonnet! La nuit a ete bien courte, mais memorable: c'est la premiere fois qu'on dort si haut: 5130m d'altitude; meme dans les Annapurnas on n'avait fait mieux!
On s'est reveilles a 2h pour grignoter un peu avant de partir dans la nuit, a la lueur de nos lampes frontales.
Frinssoet s'est joint au Suisse et a l'autre guide, et ils sont tous les 3 partis en tete. Il y avait une cinquantaine de metres de rochers avant d'atteindre le glacier; c'est la qu'on s'est arretes pour mettre le reste de l'equipement (crampons et harnais). J'ai ete surprise quand Felipe a sorti la corde et nous a encordes tous les 3... c'est que je ne m'attendais pas a ce que ce soit si serieux dis donc!
Les premiers metres de la matinee ont ete fabuleux (du moins pour moi): on avancait en cordee, dans le noir, a la seule lumiere de nos lampes frontales, et on marchait sur un glacier, un GLACIER! C'etait la premiere fois que je faisais un truc aussi impressionnant, j'ai trouve ca completement MAGIQUE! Il ne faisait meme pas trop froid (on etait equipes comme des esquimaux...), et la tempete de cette nuit s'etait completement calmee.
Clem, en revanche, a moins apprecie; d'abord parce qu'il ne voyait pas l'interet de partir si tot (il fait nuit, et on ne peut meme pas profiter du paysage), mais aussi parce que l'on voyait, loin, loin devant et une bonne centaine de metres au-dessus de nous, les lampes de nos 3 camarades. J'avoue que c'etait assez deprimant de se repeter a chaque fois qu'on levait la tete, que les autres avaient deja grimpe 100m de plus que nous!
On a avance a notre rythme, et on a fait une premiere pause au bout d'une petite heure, pour reprendre notre souffle. Cool, Felipe nous annonce qu'on est a 5500m; ce qui veut dire qu'on a deja fait 400m! Sur les 960m de denvelles qui nous separaient du sommet, ca fait deja une grosse partie de faite!
On est tres vite repartis (presses par Felipe...), et a notre plus grande surprise, on a tout d'un coup rejoint les 3 autres. En fait, ils s'etaient arretes parce que Frinssoet ne se sentait pas tres bien; tu m'etonnes! Deja hier il n'etait pas au mieux de sa forme... il n'a pas ete tres prudent de se lancer la-dedans alors qu'il etait malade. Il a tout de meme fallu qu'il vomisse pour comprendre qu'il etait temps pour lui de redescendre... un malade mental, je vous dis!
On l'a laisse repartir tout seul, et nous on a repris le chemin vers le sommet. Et c'est a partir de la que le trek a commence a etre completement ouf: on a du enjamber des crevasses dont on ne voyait pas le fond, et on a du prendre des passages un peu difficiles dans des murs de glace.
Au bout d'une autre petite heure de marche, on s'est a nouveau arretes parce qu'on avait soif... Ah ah la blague! On avait oublie que quand il fait tres froid, l'eau ca gele! Resultat: nos tuyaux de gourdes s'etaient transformes en glacon, impossible d'avaler une gorgee. Heureusement, le Suisse avait eu plus de chance avec sa bouteille en plastique: il restait un petit espace d'air dans le goulot. Il nous a gentiment propose de son eau, c'etait bien urbain de sa part ;D.
On a profite de la pause pour demander a Felipe a quelle altitude on etait: "5700m, bientot" qu'il nous a repondu... QUOi? Ca veut dire que depuis 2 heures, on n'a meme pas fait 200m!!! Pas possible. Super, Felipe avait completement craque tout a l'heure; on n'etait pas du tout a 5500m! Voila qui nous a fichu un sacre coup au moral... on est deja bien creves, ca fait bientot 3h qu'on marche, et il nous reste encore presque 400m a grimper!
On a tout de meme repris le chemin, en s'efforcant de ne pas penser a ce qui nous attendait. Heureusement, le lever du soleil nous a redonne un peu de force. Les paysages qui sont apparus sous nos yeux etaient de toute beaute: un champ de montagnes se dressait au-dessous de nous, voile par une mer de nuages; et tout autour de nous, des etendues de neige/glace plus lisses et plus pures que tout ce qu'on peut imaginer. Spectacle sublimissime, dont nous etions les seuls spectateurs... moment inoubliable!
C'est donc la que Clem a degaine son appareil, pour mitrailler de tous les cotes... au grand dam de Felipe, l'homme le plus impatient de toute la terre! "Vamos, vamos", qu'il arretait pas de dire... ouais ben nous on fait pas un truc comme ca toutes les semaines pendant 12 ans, alors on prend notre temps!
On a donc eteint nos lampes, et on a marche, en profitant enfin du paysage. Le souffle commencait a se faire vraiment court, et le froid gelait nos mains... je ne parle meme pas de celles de Clem qui avait insiste pour me preter se gants, se retrouvant lui-meme avec les moufles seulement.
Vers 7h, un miracle s'est produit: Felipe s'est arrete, oui: ARRETE! Tout seul! Il a sorti sa barre de choc, et un thermos avec du mate de coca, qu'il nous a propose.
C'est la qu'on a eu droit a une bonne et une mauvaise nouvelle: la bonne, c'est qu'il ne nous restait plus que 30 minutes de marche avant le sommet ;D. La mauvaise, c'etait le mur de glace quasiment vertical qui nous faisait face: celui-la, il n'est pas prevu de le contourner... ;-SSS
On a pris de grandes inspirations, une bonne dose de courage et on est repartis pour les derniers moments de souffrance de la journee. Le mur de glace a ete un veritable calvaire: il n'y avait pas de prises, et il etait impossible de poser le pied a plat. Heureusement, on avait de bons crampons qui agrippaient bien, et Felipe tirait sur la corde pour me hisser. Heureusemeent, Clem s'est mieux debrouille que moi; il n'avait pas besoin qu'on le tire...
Arrives en haut du mur, on etait tous les deux completement epuises... mais "vamos, vamos": c'etait la que la partie "escalade" nous attendait. On a du mettre un bon quart d'heure a franchir ces 3 petits metres de rochers; les crampons c'est nickel pour marcher sur la neige, mais par contre, sur les cailloux ca glisse!
Lorsque j'ai enfin mis le pied de l'autre cote, je m'appretais a crier de joie; "Yes! Je l'ai faiiiiit!". Mais lorsque j'ai releve la tete, la vue m'a completement demoralisee: non seulement on n'etait pas encore arrives, mais pire: un nouveau mur de glace nous narguait, precede par une crete aux pans vertigineux... (cf. photo!)
Non, tout simplement NON! C'etait trop pour moi, je n'en pouvais vraiment plus... J'etais deja morte de trouille et de fatigue sur le dernier mur de glace; il etait hors de question que je m'en retape un, ou mon coeur allait lacher! J'ai donc decide de m'arreter la; apres tout on etait deja a 6000m d'altitude, c'etait deja tres bien!
On est donc restes la cinq bonnes minutes a contempler le paysage de montagnes qui nous entourait, avec le lac Titikaka au loin. C'etait superbe. Sauf que le plaisir nous etait un peu gaches a cause de notre (mon) echec a grimper jusqu'en haut... Un peu decue, j'ai donc demande a Felipe si la derniere portion etait aussi dure que la precedente, et s'il pensait que je pourrais y arriver. Evidemment qu'il allait me repondre que c'etait facile; Felipe c'est pas un humain! Une fois remis de nos emotions, on est donc repartis, doucement, pour essayer de franchir ces p..... de derniers metres.
Au final, ca a en effet ete un peu moins dur que le premier mur de glace, parce qu'on avait beaucoup plus de prises et que c'etait moins vertical. La crete a ete delicate a franchir, parce qu'on marchait sur de la roche et que nos crampons glissaient... avec le vide intersideral des deux cotes, c'etait un peu flippant j'avoue!
Les derniers metres dans la glace nous ont acheves, mais on donnait tout pour y arriver; il n'y avait juste pas moyen qu'on ait marche 5 heures dans la glace pour abandonner si pres du but!!!
On a monte, monte, jusqu'a ne plus pouvoir aller plus haut. C'est bien simple: on etait alors sur le dernier demi-centimetre de neige qui etait tombe sur le sommet!
Waouh! On a reussi, ca y est on peut crier notre joie!!! Le moment etait magique; jamais on avait vu un truc pareil... Vous savez, quand vous arrivez en haut d'une rando, la vue sur les montagnes a beau etre magnifique; il y en a toujours une pas bien loin qui est plus haute que la votre? Et ben la, c'etait tout simplement incroyable: toutes les montagnes avaient l'air liliputiennes autour de nous! On se serait litteralement crus les maitres du monde, c'etait completement DINGUE!
Mais en realite, ce n'etait pas le paysage qui nous emouvait le plus; notre fierte d'avoir accompli l'ascension jusqu'au bout ete bien plus forte. Je crois que jamais auparavant je n'avais fait un truc aussi eprouvant, aussi bien physiquement que moralement.
On est restes un peu en haut a profiter du moment et a prendre quelques photos; les bourrasques de vent qui venaient nous geler le visage ne nous embetaient meme pas... on etait juste heureux. Epuises, mais heureux.
Puis a sonne l'heure de la descente ("Vamos, Vamos!"). Apres une premiere demi-heure un peu difficile (mur de glace, crete, escalade, re-mur de glace...), on s'est juste laisses aller. En fait, on n'avait plus la force de mettre un pied devant l'autre alors on lancait une jambe en avant, et la pente faisait le reste, ca allait tout seul ;-D.
On a fait quelques pauses photos, et a chaque fois Felipe-le-relou s'impatientait: "vamos, vamos!". A la fin, il en avait tellement marre d'attendre qu'il tirait carrement sur la corde pour nous faire avancer, le con!
Bref. On est arrives au refuge a 10h15, soit 7h exactement apres notre depart de cette nuit.
Au refuge, on etait tellement extenues qu'on ressemblait a des zombies... On a mange un peu et bu des boissons chaudes, avant d'etre rejoints par le Suisse, une heure plus tard. Lol, un vrai zombie lui aussi! On a donc passe une bonne demi-heure a partager nos ressentis. On est tous d'accord sur un point: ce trek, c'etait un truc de PSYCOPATHE! On ne comprenait pas comment le Lonely Planet avait pu ecrire "accessible aux debutants", c'etait tout simplement incoherent! Des "debutants en alpinisme", oui (et encore...), mais des "debutants"  tout court, NON! Et ce petit c.. d'hier avec "juste" son "petit passage technique sur la fin", je le retiens!
Les guides nous ont d'ailleurs appris que seulement 60% des gens qui entreprennent l'ascension du Huayna Potosi arrivent au bout. Ca, on veut bien le croire!
Bref. Avant de repartir, on a ecrit notre petit mot sur le mur du refuge, comme tous les touristes qui passent par ici. Pour nous, pas de commentaire sur le trek; juste un bon anniversaire a mon frangin ;D.
Puis on a repris nos sacs pour descendre jusqu'au camp de base.

On croyait notre dose d'emotions terminee pour la journee; mais non, il a fallu que la voiture de Felipe fasse des siennes sur la route (chemin) pour La Paz: le moteur avait gele pendant la nuit, et il s'arretait tout seul pendant qu'il conduisait. Plusieurs fois il a fallu pousser pour redemarrer, mais au troisieme coup, rien, NADA. Caput, la voiture!
Heureusement, Frinssoet est passe a cote avec son taxi; on a donc transfere nos affaires dans sa voiture, et on est montes avec lui. Felipe est reste en plein cagnar avec son epave, en attendant qu'on lui envoie du renfort. Ce qu'on a fait des notre arrives a La Paz. Lol, et lui qui avait l'air si presse de rentrer chez lui depuis ce matin (vamos, vamos!).
On a rendu le matos a l'agence, et on est retournes a l'hotel, bien nazes. On n'a rien fait de la soiree, a part reserver notre bus pour le lendemain. Et on s'est couches tot, tres tres tot!

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Bolivie
Mise à jour le Samedi, 12 Septembre 2009 02:34