Trek de l Ausangate, du 11.08.09 au 16.08.09

Ecrit par Clem, le 30-08-2009 22:59

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11 aout 2009: Cusco


Ca y est, la petite famille est partie. Flo et moi nous etions leves ce matin a 5h pour leur dire un dernier au revoir; on a vecu plein de choses ces 2 dernieres semaines, ca n'a pas ete facile de leur voir tourner les talons... Du coup il a bien fallu s'occuper dans la journee pour se changer les idees: heureusement que Flo, fidele a elle-meme, avait deja prepare tous ses plans bien a l'avance!

Apres le changement d'hotel (il a bien fallu se resoudre a revenir a des chambres "budget"), nous avons passe notre apres-midi a nous renseigner sur le trek de l'Ausangate. C'est semble-t-il un des treks les plus beaux et les plus sauvages au monde; il est situe entre 3900m et 5200m d'altitude, et comporte en tout 4 cols, dont 2 au-dessus de 5000m. A aujourd'hui, notre seul passage au-dessus de la barre des 5000 a ete le col de Thorung La, au Nepal. Autant dire que ce trek represente un certain challenge... La plupart des gens font le choix de partir avec une agence, accompagnes d'un guide, de chevaux et de mulets (et les muletiers qui vont avec). Mais avec des prix oscillant entre 130 et 300$/personne pour le trek de 5 jours, on a prefere s'organiser par nous-memes. Si vraiment on voit qu'a du mal a porter nos affaires, on sait qu'on pourra toujours louer les services d'un muletier sur place, moyennant la somme modique de 20 soles/jour (environ 5 euros).

Comme je l'ai deja dit, un des principaux attraits du trek de l'Ausangate est qu'il est extremement sauvage. Vu sous un autre angle, cela signifie pas de logement ni de nourriture sur place, et pas ou peu d'eau courante (en tout cas on fait une croix sur la potabilite). Outre l'altitude, c'est bien la l'une des principales difficultes du trek: on va devoir se trimbaler, en plus de nos affaires persos, tout le materiel de camping et la nourriture pour 5 jours... aie!

A la fin de l'aprem, on avait trouve une agence qui nous louait le materiel pour pas trop cher: pour 6 jours de trek, la location d'une tente, de 2 matelas de sol, d'une petite gaziniere, d'une mini-casserole et des couverts nous en coutera 120 soles (env. 30 euros). C'est honnete! Quant aux courses de bouffe, elles nous ont coute presque autant. On a eu toutes les peines du monde a faire rentrer tout ca dans les sacs; d'ailleurs on n'aura pas d'autre choix que de laisser quelques affaires sur Cusco demain matin, dans un hotel.


12 aout 2009: Cusco --> Tinke (3900m) --> Upis (4200m)

plus bas: 3900m

plus haut: 4200m

denivele + : 300m

0 col.


Ca y est c'est le grand jour! Ce n'etait pas telement prevu, mais on a commence le trek! Ce matin on etait a la gare routiere de bon matin, prets a partir pour une journee de bus jusqu'au depart du trek (a Tinke, a 6-7h selon Lonely Planet et divers blogs), ou on pensait camper ce soir. On est partis bien a l'heure, a 10h, et on etait rendus a Tinke a... 13h. Ah la bonne surprise, ils ont goudronne la route tout recemment!!! Quel beau metier que les travaux publics!   ;)

On a pris un petit moment pour grignoter a Tinke, et on s'est dit que ce serait vraiment bien de commencer le trek des aujourd'hui pour perdre le moins de temps possible. Ourf, que c'est dur de reprendre! Le tour des Anapurnas au Nepal est bien loin derriere nous: 10 mois, une eternite pour nos muscles endormis, apparemment... Heureusement l'etape d'aujourd'hui ne sera qu'une 1/2 journee, en esperant qu'on sera mieux en jambes demain. On a donc commence tant bien que mal notre ascension; deja aujourd'hui les paysages etaient magnifiques, et au loin on pouvait distinguer le pic de l'Ausangate, tout enneige. C'est autour de lui qu'on va faire une boucle de 5 jours en fait. Bordel, qu'il a lair loin vu d'ici!!!

On a marche peniblement pendant environ 1h30 avant d'atteindre le "centro escuella" d'Upis. Bizarre, d'apres notre guide, il faudrait 4h pour y arriver, a Upis... encore une bonne surprise? Mais non, ca serait trop beau, on n'est pas des stars de la rando a ce point quand meme! En  fait il s'agissait simplement du centre scolaire d'Upis, qui a du etre installe ici pour etre equidistant de plusieurs villages de montagne. On n'etait pas arrives du tout, donc, mais par contre on s'est trouve un peu de compagnie pour faire route: un petit groupe de 5 gamins se sont mis a nous coller aux pompes pour nous demander des bonbons. On leur a dit non mais ils sont quand meme restes avec nous... moi ca me saoulait: deja j'ai horreur qu'on me colle comme ca, et puis j'avais peur qu'ils nous reclament du fric pour nous avoir accompagnes un bout de chemin... cerise sur le gateau, un des gamins n'arretait pas de bondir devant mon appareil des que je voulais prendre la moindre photo; a tel point que j'etais oblige de le feinter, comme j'aurais fait avec un stupide clebard: et vas-y que je m'oriente d'un cote pour faire semblant, et hop-la je me retourne d'un coup prendre ma vraie photo (sans le gamin)!!! Nan mais, petit chieur va! Flo, elle, vivait bien la compagnie de ces gosses: c'est vrai qu'ils nous ecartaient du chemin, mais d'un autre cote vu comme ils nous ont fait couper a travers la montagne (putain qu'on en a chie!), c'etait surement un raccourci. Et puis c'est vrai que ca nous faisait une presence originale  :)

Apres une bonne heure a marcher avec les gamins, est apparu dans la vallee un petit village, avec plein de petits murets en pierres prevus pour qu'on plante la tente a l'abri du vent. Genial, on est a Upis! Et en 2h30 au lieu des 4h prevues, grace au raccourci des gamins. A ce rythme-la, c'est en 3-4 jours qu'on va le torcher ce trek! Il faudrait rencontrer des enfants plus souvent, c'est plus dur, mais c'est sacrement plus rapide! En parlant des enfants, ils etaient toujours la au moment de planter la tente; ils nous ont aide a deballer le matos et tout, c'etait sympa. Du coup je leur ai quand meme file des bonbecs pour les remercier, des trucs a la coca, nous on trouve ca degueu mais eux ils ont l'air de bien aimer. Si on peut faire plaisir a tout le monde hein...  :)  On a rempli les gourdes au ruisseau voisin pour le soir, ainsi que la marmite pour faire chauffer un peu de riz. A 16h30, au moment de se retirer dans la tente, les gamins etaient encore la a nous observer. Putain mais quoi, ca leur suffit pas le bonbon a la coca???!!! Bon, je suis un peu medisant, a mon avis ils etaient juste tres intrigues. N'empeche, ca devenait lourdingue de les avoir la a chacun de nos gestes, alors ben on a ferme la tente en leur souhaitant bonne nuit. On ne sait pas combien de temps ils sont restes plantes devant notre tente apres ca. A 17h il faisait deja presque nuit et, o luxe supreme, on a du faire notre cuisine dans le noir parce qu'on n'avait plus beaucoup de batterie dans la lampe frontale... A 18h-18h30, on etait couches. Horreur de tente, c'est une 2 places. Vous me direz, ca tombe bien, on est deux... oui mais c'est sans compter que nos 2 sacs ensemble comptent facilement pour 1,5 personnes. La misere quoi, non seulement les gros cailloux pointent sous notre dos, mais en plus on est tout serres comme des sardines. Au moins on n'aura pas froid, il parait qu'il fat dans les -10 la nuit. Ha ha, on a  cherche l'aventure, on l'a trouvee on dirait!


13 aout 2009: Upis (4200m) --> Laguna Jatan Pucacocha (4585m)

plus bas: 4200m

plus haut: 4757m

denivele + : 700m (cumule)

1 col (Arapa, 4757m).


Yahou ce matin on etait debouts a 7h, reveilles par le soleil. Pas bien dormi, mais longtemps, ca compense: on n'etait pas trop fatigues au reveil. Par contre, avec ce froid, nos sacs de couchage etaient completement detrempes: on les a mis a secher sur un muret au soleil, pendant qu'on pliait la tente et qu'on remplissait les gourdes pour la journee. Et devinez qui etait la pour assister a tout cette scene de rangement... mais oui mais oui, un des gamins d'hier!!! Le petit gland qui se jetait sur mes photos; celui-la il etait la quand on a ferme la tente hier soir, eh ben il etait encore la ce matin quand on l'a rouverte!!! Incroyable! La seule difference c'est qu'hier il ne disait rien, et que ce matin il arretait pas de repeter je ne sais quoi en espagnol, on comprenait rien. Sans doute qu'il revoulait un bonbon. Apres quelques minutes de son cirque, sa grande soeur est venue le rejoindre (la fillette qui menait le peloton hier); elle a commence a repeter "paga me, paga me" ("filez-moi du ble!", en gros) toutes les 10 secondes environ, c'etait super relou. Et plus on lui disait non, plus elle insistait... jusqu'au moment ou petite fille pas contente, bouder: elle s'est mise a monter un petit muret de pierres dans la porte d'acces a notre campement pour nous empecher de sortir! Quant a son petit acolyte, lui, c'est carrement des petits blocs de crottins seches qu'il superposait a l'autre entree pour nous emmurer! Lol, il fallait voir un peu cet artisanat, c'etait ridicule!  :D  Ca nous a bien fait rire jusqu'a un certain point, et puis quand on en a eu marre de leur manege, Flo est allee elle-meme rajouter des petits cailloux sur leur muret pour se foutre de leur gueule. C'est la que la petite sorciere a commence a vraiment s'enerver: "Tu vas morir en el Ausangate" ("tu vas mourir sur l'Ausangate", pour les vraiment nuls en espagnos, meme moi j'avais compris!). Et elle s'est mise a nous repeter ca en boucle, pendant que le petit glandu tournait en rond en nous jetant des sorts. Franchemment, on preferait encore quand elle nous demandait du fric! Serieux c'est flippant, tu demarres un trek de 5 jours entre 4000 et 5000m, livre a toi-meme, a des km du premier relai de communication, et voila cette petite conne qui se met a te proferer des menaces de mort! Aussi notre patience a vite reconnu ses limites: je voulais m'enerver mais mon espagnol na pas suivi... dieu merci Flo s'en est chargee a ma place et a fait fuir la mioche! Parfait! Elle lui a simplement dit que c'etait elle qui allait crever aujourd'hui... pourquoi? Parce que! Bon, avouons, c'est un peu degeulasse comme procede que de faire peur a un gamin avec des histoires de mort, mais au moins ca a ete efficace! Et puis depuis le temps qu'elle cherchait! Nous sommes partis dans les minutes suivant cette altercation, de peur que le papa ne vienne nous taper dessus... courageux les aventuriers, courageux  ;)

Outre cette anecdote fort deplaisante de bon matin (on s'est quand meme faits menacer de mort au reveil, c'est bourrin!), cette journee a ete absolument horrible pour tous les deux. On a d'abord commence par realiser qu'en fait de guides, les gamins nous avaient bien ecartes du chemin du trek, et qu'on n'etait pas du tout a Upis, mais sans doute dans un hameau voisin (comprendre, a au moins 45 minutes). Des le debut de journee on s'est donc paumes au milieu de cette vallee de merde, marecageuse au possible: avec nos gros sacs sur le dos, on avait l'impression de s'enfoncer de 50cm a chaque pas, le supplice! On a donc choisi de rejoindre le plus vite possible les pentes, pour au moins pouvoir marcher au sec; on a su qu'on avait retrouve le chemin quand on a pu observer des traces de sabots et de chaussures.

L'ascension vers le col Arapa (4757m) a ete un veritable calvaire: avec le matos de camping et la bouffe, nos sacs sont nettement plus lourds qu'au Nepal, ca tire sur les epaules et on a l'impression de ne pas arriver a respirer; en plus, on est physiquement bien moins affutes qu'on ne l'etait il y a 10 mois: des les premieres pentes, les jambes tiraient a chaque pas en avant... une vraie torture! A tel point qu'on s'est demande a un moment si on n'allait pas devoir faire demi-tour et abandonner. A l'arrivee au sommet on avancait tellement lentement qu'on reculait presque a chaque pas, et on avait les poumons qui ressortaient tellement il fallait aller chercher l'air; mais on l'a fait!!! Et sans le moindre petit mulet! Serieux, on se voyait pas se balader avec ces bestioles ridicules. Ce col est loin d'etre le plus haut qu'on ait fait, mais il a vraiment eu une saveur tres particuliere pour tous les deux. Avant de redescendre de l'autre cote, on a pris le temps de manger un petit peu au sommet. O joie, petit a petit le stock de bouffe va diminuer; c'est vraiment tres psychologique, mais ca joue vachement sur le moral de se dire ca! En plus les vues de la-haut sont superbes: d'un cote la valle qu'on vient de laisser, toute verte, et de l'autre, des montagnes rouges et beiges, comme desertiques. On n'avait pas vraiment pris le temps d'admirer...

C'est donc bien requinques qu'on a entame la redescente, superbe, avec en point de mire, un glacier pres duquel on devrait camper ce soir. Pas de souci sur la descente, ca ne dure jamais assez longtemps! Arrives au bas de la vallee, on est passes devant un campement, il y avait une tente et des chevaux. YES, on a rattrape des gens!!! C'est con, mais ca aussi ca joue vachement sur ton moral: non seulement on n'est pas seuls sur le trek (ce qui est quand meme rassurant), mais en plus on n'est pas les plus nuls!  :)  Nous avons poursuivi notre chemin, toujours en suivant les traces de chevaux et de chaussures. On est arrives sur un grand lac glacier, qu'on a commence a contourner... jusqu'a ne plus pouvoir avancer. Sans doute eblouis par tant de beaute, on s'etait encore plantes de chemin! Raaaaaaaaah, il faut dire, quelle MERDE cette carte Lonely Planet, elle est pas detaillee pour un sou!!! Le truc moche cest que non seulement on s'etait trompes de cote, mais en plus on s'est rendus compte qu'il fallait encore remonter de bien 150-200m pour dominer le lac. Ah non trop dur... c'est donc au prix d'un ultime effort (surhumain) qu'on est arrives sur notre site de camping naturel, a couper le souffle: juste en-dessous d'un glacier impressionnant, un petit lac s'est forme a l'aplomb du premier; tout autour, une vaste praire toute verte, clairsemee de petits ruisseaux, n'attend plus que nous!  :)  Enfin... presque plus que nous: dans la prairie, un couple a deja monte sa tente, c'est sans doute eux dont on a suivi les traces toute la journee; ils sont accompagnes d'un guide, un cheval et une mule... bande de fiottes!!! Nan je deconne, on est presque un peu jaloux en fait  ;)  On s'est installes a 100m d'eux pour la nuit, histoire de se donner de l'espace.

Ce n'est qu'un peu plus tard qu'on a ete rejoints par un autre campement, le fameux qu'on avait double un peu plus tot dans l'apres-midi. Un veritable convoi: 1 guide, 5 chevaux, 3 muletiers, 3 ou 4 tentes; le tout pour... 2 personnes!!! Argh, y en a vraiment qui ne se refusent rien! Il s'est avere que c'etait en plus des Francais. Super relou, ils ont installes leur base a 10m de nous, alors qu'ils avaient toute une vallee pour nous laisser tranquilles!!!

Ce soir on dort a 4585m. Dieu merci, apres tout ce temps passe a Cusco (3600m quand meme), on s'acclimate plutot bien, on ne souffre pas de l'altitude. Par contre les jambes commencent a bien tirer. Hier avait ete dur, aujourd'hui a ete un vrai cauchemar... et c'est demain qui est censee etre la pire journee!!!  :s


13 aout 2009: Laguna Jatan Pucacocha (4585m) --> Pampacancha (4500m)

plus bas: 4500m

plus haut: 5165m

denivele + : 900m (cumul)

2 cols (Apacheta, 4850m; Palomani, 5165m).


Ce matin on a ete reveilles par un des voisins francais, il avait perdu son gant... De toute facon on ne pouvait pas vraiment faire une grasse mat': aujourd'hui ce sont pas moins de 2 cols qui nous attendent: 4850m pour le premier, 5165m pour le second. Dur!

On a attendu que parte le premier grupetto de campeurs, histoire d'avoir des traces a suivre, mais tout de meme avant nos amis frenchies; leur petit dej 4 etoiles doit prendre du temps... en revanche ils nous ont tres tres vite rejoints, des les premieres pentes de la premiere ascension en fait; quelle loose, rien de tel pour te demotiver des le debut de journee  :s  Ce premier col a ete bien eprouvant: 1h30 de marche environ pour avaler les 350m de denivele qui nous separaient de l'Apacheta Pass. Bizarrement on est moins mal qu'hier. Attention hein, c'est pas la grande forme, on doit souvent reprendre notre souffle, on sent encore les sacs, et ca tire encore bien sur les jambes... mais quand meme, on est moins mal! Ca nous permet d'apprecier d'autant mieux notre arrivee au sommet; que c'est BON d'arriver en haut sans avoir l'impression qu'on va crever au prochain pas en avant!!! Derriere nous, les glaciers de la nuit paraissent deja bien loin. Quant a ce qui s'etend devant nous... l'horreur dans toute sa splendeur: une valle magnifique s'etend, bordee de montagnes rouges, jaunes, vertes, et surplombee par des massifs neigeux aussi majestueux qu'effrayants; 200m en-dessous de nous, au fond de la vallee, il y a encore un lac superbe, un lac de glacier turquoise: le Laguna Ausangatecocha. Nous, il va falloir qu'on redescende tout tout tout au fond de ce gigantesque trou sans fond, et qu'on remonte aussi sec... encore plus haut!!! En face de nous, le Palomani Pass nous nargue; on apercoit au loin le chemin vertigineux qu'on va devoir emprunter pour le grimper. Gloups, ca a paas l'air de rigoler...

C'est donc avec une certaine apprehension qu'on a entame la descente de 200m; plutot facile, pas trop raide. On ne s'est pas attardes en bas, on a prefere foncer vers ce col Palomani, le point culminant du trek. Dans l'absolu cette montee a ete un veritable enfer: pas si longue, 2h environ pour les plus de 500m jusqu'au sommet, mais ca parait toujours plus long avec 20kg sur le dos... et c'etait raide, tellement raide! Tout de meme, relativement aux autres on s'en est bien sortis tous les deux; on est revenus sur le groupe de francais du matin, et on a aussi depasse un randonneur solitaire. Je me suis meme paye le luxe de taper un sprint final sur les 10 derniers metres pour la camera de Flo (bon, ok, j'ai mis 5 bonnes minutes a me remettre, ca m'apprendra...)! Vous vous en doutez, on etait vraiment heureux d'etre au sommet; quel soulagement, encore hier on n'y croyait pas trop ni l'un ni l'autre... aussi, on est restes perches la-haut un petit moment pour profiter du spectacle; j'ai sorti le trepied et on s'est pris en photo de tous les cotes possibles! On a fini par redescendre un petit peu pour manger, le vent etant trop fort et trop froid la-haut.

C'est sans doute pendant cette courte pause dejeuner qu'on a eu droit au spectacle le plus impressionnant de notre sejour: une avalanche. Ca a fait un grand boum, long et sourd; au debut je cherchais un avion dans le ciel, comme un con; et puis Flo me l'a montree du doigt: a peine 200m au-dessus de nous, partant du sommet, on a vu un enorme nuage d'une fumee blanche epaisse se propager a toute vitesse vers le bas! C'etait bizarre, ca avait l'air a la fois lointain, et a la fois si proche... a tel point que Flo pensait qu'on devait aller se planquer!

Apres cette sequence emotion, on a entame notre ultime descente de la journee vers la vallee en contrebas. A 4500m d'altitude, comme hier soir. On y etait vers 14h30; on a trouve ca un peu tot pour s'arreter, alors on a continuer a longer la vallee pour se trouver un campement plus avance. C'etait galere, c'etait tout boueux et on s'enfoncait tout le temps. Ma joie a atteint son paroxysme lorsque j'ai glisse dans un tapis de crottes de lama... Ouuuuuuuuh saloperies de betes!!! Encore heureux qu'ils chient tout sec ces bestiaux, sinon j'en etait recouvert jusqu'a la fin du trek...

Au fond de la vallee on a pris plein nord, dans une autre vallee, avec les  pics enneiges du Senal Nevado Pico Tres (6093m) en point de mire. Personne devant nous: trop bien!  On s'est installes pour la nuit, juste a cote d'une petite source d'eau, avec le sentiment d'etre les maitres de la vallee. Une bien bonne journee  :)


14 aout 2009: Pampacancha (4500m) --> Calachaca (4300m)

plus bas: 4300m

plus haut: 5068m

denivele + : 700m (cumul)

1 col (Campo, 5068m).


Nuit de merde: on trouvait ca super sympa de s'etre poses juste a cote de cette petite source; au final ce boucan nous a tenus eveilles toute la nuit; sans parler de l'effet "bruit de l'eau qui coule sur vessie trop pleine", conjugue a l'impossibilite de sortir de la tente en pleine nuit (-10 degres, avec du vent, en calebute...); vraiment le bad! Du coup on etait debouts assez tot. Au sortir de la tente on n'a pu que constater que l'on avait ete depossedes de notre vallee pendant la nuit: les Francais 5* et leur cour etaient encore venus s'installer a 100m de nous, bande de copieurs!

L'ascension vers le Campo Pass (5068m, le dernier col du trek) a ete la plus progreessive de toutes; la plus longue, du coup, mais aussi la plus facile. Dommage pour Flo, ses jambes semblent regies par une espece de loi "1 jour sur 2", et elle n'etait pas au top, elle n'a pas pu profiter. C'etait pourtant superbe encore une fois: d'abord on a traverse le village de Jampa, 3 maisons en cailloux eparpillees dans une vallee, entourees par des dizaines d'alpagas... puis on a laisse le village derriere nous pour monter vraiment: a notre droite, encore un glacier, imposant, et un lac a son contrebas. L'arrivee au col est des plus jolies: le sol est rouge, desertique, et en meme temps on evolue tout a cote d'immenses pics recouverts d'une poudre blanche etincelante! Par contre, je ne sais pas qui est le fourbe qui a concu cette etape, mais on a eu un paquet de fausses joies: tu crois etre arrive une premiere fois en haut du col, et la, juste apres une petite butte, tu t'apercois qu'il faut continuer... classique je dirais; Tu arrives enfin a ce qui ressemble a un col... et tu t'apercois qu'il faut encore tourner a 90 degres, et que ca remonte de plus belle... vicelard celui-la! Rebelotte quelques centaines de metres plus loin: tu as deja pris tes petites photos, verse ta petite larme de joie, et commence a redescendre... mais non, ca remonte encore un peu plus loin!!! Raaaaaaaaaaah!

Au final on n'a jamais vraiment su quand c'etait le col; ca montait, ca redescendait; on s'est installes dans un petit recoin a l'abri du vent pour dejeuner, et on est repartis assez vite pour pouvoir avancer encore l'aprem. Cette redescente a ete sans doute la partie la plus plaisante de tout le sejour: soulages d'avoir enfin franchi tous les sommets de ce trek de psychopathe, on avancait legers et rassures... En plus de ca on a encore eu droit a des panoramas venus d'une autre planete: sommets enneiges de toutes parts, vallee verdoyante, alpagas a la pelle, et degrade de bleus sur les 4 grands lacs glaciers qui se succedaient en contrebas... on a bien du se decrocher la machoire une dizaine de fois chacun a force de "waouh"! Ca nous a tellement mis la patate qu'on en a oublie notre fatigue de 4 jours et qu'on a super bien avance. A tel point qu'a 16h30, au moment d'installer la tente, on avait deja devant nous le petit village de Calachaca, au fond de la vallee, qui marque (plus ou moins) le retour a la civilisation.


15 aout 2009: Calacha (4300m) --> Tinke (3900m) --> Cusco

plus bas: 3900m

plus haut: 4300m

denivele + : 150m (cumul)

0 col.


Encore une fois ce fut une nuit de merde...  et pourtant on s'etait mis bien a l'ecart du cours d'eau! Cette fois ca a ete la faute d'un pauvre gars de la vallee: on venait tout juste de se coucher hier soir, quand des bruits de pas sur le sentier on commence a s'approcher de la tente et a s'arreter tout pres. "Amigo? Amigo?" fit une voix rauque. Le mec avait l'air bourre, on a decide de faire les morts et de ne pas repondre... jusqu'a ce qu'il braque soudainement sa torche sur notre tente: "Amigo? Amigo?"... on ne disait toujours rien... "Amigo? Amigo? Amigo?". C'est qu'il insistait vraiment; il s'est mis a faire le tour de la tente avec sa torche, ca devenait limite inquietant. C'est alors que j'ai commence a bouger, j'ai enfile mon pantalon, pret a sortir, non sans oublier de glisser mon couteau dans ma poche...  :s  Flo, elle, ne voulait pas que je sorte, elle pensait que le gars m'attendrait dehors avec une massue pour m'assommer... du coup c'est elle qui a eleve la voix en espagnol, encore une fois: elle a demande au gars quel etait son probleme; la il a eu l'air tout confus, sans doute parce qu'il ne s'attendait pas a entendre une fille. Il a fini par dire qu'il n'y avait pas de probleme, il nous a pose quelques questions en espagnol bourre qu'on n'a pas comprises, puis il a fini par repartir. Il etait environ 19h, et on n'a pas ferme l'oeil de la nuit apres ca... ca a ete tres long! Il faut dire qu'avec les histoires de couples assassines en pleine nuit du Lonely Planet, on n'etait pas rassures; Flo etait petrifiee de peur, ma pauvre cherie, elle etait persuadee que le gars etait retourne dire en ville qu'il y avait des gringos pas loin, et qu'il allait revenir avec une bande de copains armes jusqu'aux dents! Moi j'essayais de la rassurer, mais en realite je n'etais pas plus fier :s

Finalement on s'est leves sains et saufs au petit matin, heureux d'etre en vie  :)  En 1/2-heure de marche on etait deja au village de Calacacha (5 maisons et une eglise, une veritable megalopole!!!), et ensuite ca a deroule jusqu'a Tinke, qu'on a rejointe en a peine plus de 2h: on avait acheve le trek en fin de matinee. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, c'est finiiiiiiiiiiiiiii! Quel bonheur de pouvoir enfin poser les sacs et de se payer un bon Fanta bien rafraichissant!

On a eu de la chance, un bus partait pour Cusco juste 1/2-heure apres notre arrivee, on n'a meme pas eu a attendre. Par contre il y avait une espece de foire aux animaux dans la ville d'Ocongate toute proche, alors non seulement le bus etait blinde de vieux pepes et de mamas en costumes traditionnels qui sentaient le bouc, mais en plus on a mis 1h30 pour franchir les premiers 15km, le temps de deposer tout le monde devant sa maison... (ici la plupart des gens n'habitent pas forcement en ville, mais dans des baraques eparpillees un peu partout dans la campagne, et les bus s'arretent systematiquement pour prendre ou deposer des gens n'importe ou). On etait quand meme rendus a Cusco en milieu d'apres-midi, ca nous a laisse le temps de trouver facilement un hotel. On a pris BEAUCOUP de temps pour se poser, se laver, se delasser... on en avait bien besoin! C'est incroyable la salete accumulee: malgre les collants, pantalons, chaussures, chaussettes, nos jambes etaient noires de crasse par endroits. Absolument degueulasse! En attendant ca valait quand meme vraiment le coup: ce trek de l'Ausangate etait a la hauteur de sa reputation: de toute beaute, a la fois sauvage et preserve, et il nous a permis d'experimenter en tres peu de temps un vaste eventail d'emotions, de l'abattement a la surmotivation (et reciproquement), de l'angoisse a la joie... et accessoirement, on est plutot fiers de notre performance: on aura mis 5 jours aller-retour depuis Cusco, la ou la plupart des gens mettent une semaine complete, meme guides! Nah  ;)


16 aout 2009: Cusco


Aujourd'hui etait notre derniere journee au Perou. Principalement, on s'est occupes de faire tourner des lessives, de mettre un peu le site a jour, et Flo s'est meme offert le luxe d'un petit massage avec vue sur la Plaza de Armas; elle l'a bien merite!

On a pris le bus ce soir, un direct pour La Paz, de nuit. Rendez-vous en Bolivie!


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Affiche 1 de 1 commentaires

1. 02-09-2009 19:41

Avec un entrainement pareil, pas de soucis pour le futur : si vous en avez marre du boulot d'ingénieur, vous avez de l'avenir comme sherpas ! 
Chapeau quand même, les petits !
Xavier

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