Juliaca- Sillustani – Puno, le 04.08.09

Ecrit par Pascale, la maman de Clement, le 24-08-2009 23:20

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Juliaca- Sillustani – Puno, le 04.08.09, raconté par Pascale

Encore un lever, que dis-je, un départ à 5 heures du matin. Cette fois, on prend un avion pour faire Arequipa-Juliaca, d’où on rejoindra le lac Titicaca. Vol sans problème, qui nous permet de découvrir LAN, la compagnie la plus fréquente en Amérique Latine, d’origine chilienne, et de frôler quelques sommets andins !

Juliaca est à environ 4000 m d’altitude, une ville qui ne parait pas regorger d’attraits touristiques, qui fait penser à l’Asie, avec ses quelques 50 000 tricycles, qu’ils appellent les taxis écologiques.. Surnommée la « Taïwan de l’Altiplano », c’est plutôt une ville commerciale et industrielle, de trafics et contrebande, du fait de sa proximité avec la Bolivie. D’ailleurs, il est déconseillé d’y prendre le train pour Cuzco, du fait des attaques pour dévaliser les touristes.

C’est donc avec plaisir que nous rejoignons notre minibus, accompagnés par Katarina, une péruvienne qui parle le quechua (la langue des incas, parlée du centre de Puno à Cuzco), l’espagnol, l’aymara (la langue des pré-incas, parlée du centre de Puno à la Bolivie), l’anglais et le français ! Une belle rencontre, bien que brève ! Katarina m’aura beaucoup appris sur le Pérou, son histoire, ses croyances, et je lui suis d’une grande gratitude.

Petite leçon d’Aymara : « Kaminaraki » « Bonjour, comment ça va ? »

Réponse : « Waliki » « Je vais bien, merci »

Et ce que j’ai retenu du Quechua : « wawa » le bébé, « icchu » : la paille, « sicki » : souriez, ou « cheese  » avant la photo ! Et, plus compliqué qu’en aymara : « Imanayakachanki » : Bonjour ! Aussi « Allilanchu » : Comment allez-vous ?, « Allilanmi Yusulpayki » : Bien merci. « Allichu » : s’il vous plait, « Imamanta » : Bienvenue.

Visite des Chullpas de Sillustani : les chullpas sont des monuments funéraires. Le site est sacré. Nous sommes les premiers et les seuls sur le site. La magie opère. Le lac Mayo, qui s’étend au fond, est un lac d’eau salée, contrairement au Titicaca. Un seul petit bateau de pêcheurs, une seule maison sur sa rive, tout est calme et apaisant. Tous les chemins, temples et monuments ont été construits selon des plans établis à partir des 4 points cardinaux. La porte du monument funéraire s’ouvre à l’est, au soleil levant. Les monuments ronds datent de la période pré-inca, les rectangulaires de la période inca (1250 à 1532, avec période d’essor maximale entre 1438 et 1532). Il y a un temple du soleil et un temple de la lune. Le principe de dualité : soleil-lune, jour-nuit, homme-femme, terre (Pacha)-ciel, est très présent chez les incas.

Les 3 marches d’entrée au temple du soleil (les incas vénéraient INRI, le Dieu soleil) représentent les 3 niveaux de vie : supérieur, matériel et inférieur. Eux-mêmes représentés par le Condor –emblême du Pérou et espèce protégée), le Puma et le Serpent. Ces 3 niveaux donnent sa forme à la croix Inca.

Katarina est catholique, comme 92% des péruviens, depuis la conquête espagnole en 1532 (menée par Francisco Pizarro). Nous tentons des rapprochements avec la trilogie Corps-âme-esprit.

Cela nous conduit à échanger sur d’autres grands sujets philosophiques. En particulier, la santé. Je dis à Katarina être très intéressée par les médecines naturelles, elle se penche et ramasse de la sauge, nous disant de la frotter quelques minutes entre nos doigts, puis de la respirer quelques secondes : pour prévenir le mal d’altitude. C’est plus agréable que mâcher les feuilles de coca. Je lui donne mon tube de granules Coca 9CH, en lui expliquant que c’est une dilution de feuilles de coca à prendre en prévention pour le mal d’altitude. Elle est très étonnée ; curieuse et heureuse de découvrir que l’on connait les vertus des feuilles de coca en Europe.

Je la questionne ensuite sur les chamanes.

Il y a encore beaucoup de chamanes au Pérou, et en Bolivie. Au Pérou, ils sont surtout sur le territoire des incas, autour de Puno, et de Cuzco. Ils sont aussi appelés « Curardos », ou « gardos ». Elle-même a déjà consulté plusieurs fois un chamane. Pour faire le diagnostic, le chamane utilise le cochon d’inde sauvage. La personne malade entre dans un sa            c fermé au niveau du cou, avec le cochon d’inde. Elle reste ainsi, avec le cochon d’inde qui lui court dessus, lui fait pipi et caca dessus, du coucher du soleil, au lever du soleil ; Il doit falloir supporter !!!Au matin, le chamane sacrifie le cochon d’inde et regarde quelle maladie il a pris pendant la nuit. Ensuite, il prépare ses remèdes avec les végétaux et minéraux locaux.

Ici, à Sillustani, une fois par an, il y a une cérémonie avec procession et offrandes du haut de l’une des chullpas, pour remercier Dieu pour sa clémence, sa protection.

L’offrande est une pratique encore très ancrée au Pérou. Par exemple, avant de construire sa maison, un couple va offrir un cœur d’alpaga à Pachamama ( la Terre Mère), afin qu’elle protège leur habitation ( en particulier des tremblements de terre qui sont très fréquents dans tout le pays, et souvent très destructeurs et meurtriers).

Au  retour vers la voiture, nous croisons Kathleena et son alpaga. Nous leur donnons quelques biscuits. L’alpaga semble apprécier. D’ailleurs, Kathleena a bien du mal à garder les siens !

Visite d’une maison typique de la région

Ces premières heures matinales passées à Sillustani, nous repartons vers Puno et demandons à Katarina si nous pouvons nous arrêter dans une des maisons  typiques, en pierres et toit de chaume, le long de la route. Elle connaît une famille, et nous avons la chance d’entrer et de visiter son habitation.  L’entrée est signalée par un porche en pierre, sous lequel nous passons pour entrer dans une grande cour où un homme travaille sur un métier à tisser. La femme, Maria, est en train de cuisiner. Le four à bois est à l’extérieur. Elle a préparé des papas (pour  rappel : des pommes de terre), du maïs, de la viande et plein d’autres légumes. Nous demandons si nous pouvons entrer dans sa maison. Elle dit oui. C’est tout petit, mais très propre. Une seule pièce pour la chambre à coucher, avec une paillasse pour les parents, et une pour tous les enfants. Pas de salon, pas de salle de bains, ni de toilettes. Nous supposons que c’est la cabane au fond du jardin !!!  Egalement au fond du jardin, la petite maison pour les cochons d’inde (cuy). Ceux-ci seront dégustés lors de la prochaine fête familiale. C’est un mets de choix, et de spéciale occasion.

Au sommet du toit, deux taureaux en céramique, pour attirer richesse et force. Nous les retrouverons sur tous les stands de souvenirs par la suite.

Après quelques photos, nous reprenons la route et  traversons Puno sans nous y arrêter, pressés d’arriver au bord du légendaire lac Titicaca. Encore un mythe du Pérou : le lac navigable le plus haut du monde, à plus de 3800 mètres, qui s’étend jusqu’à la Bolivie. La légende dit qu’il a été créé d’une larme versée par un Dieu un jour de tristesse. Il est donc considéré lac sacré.

Nous découvrons le lac des hauteurs de Puno, magnifique. Une oasis de paix, un bijou d’eau bleue sur les rives duquel broutent tranquillement quelques alpagas, au milieu de huttes en roseaux. On est en fin de matinée, et nous avons l’impression d’avoir déjà vécu notre journée. Epuisés, nous allons déjeuner et rentrons faire la sieste dans nos chambres.

Deux heures plus tard, « ensuqués », est-ce la fatigue ou l’altitude ? Nous émergeons péniblement. Maxence et Arthur retrouvent Clément et Florence pour visionner quelques vidéos que Renaud leur a fait passer (des François L’embrouille, pour ceux qui connaissent). J’en profite pour écrire quelques cartes. Les rires fusent à côté, j’en profite pour aller au point internet de l’hôtel, donner quelques nouvelles à Paul : « tout se passe très bien, on est au bord du lac Titicaca.... ».

 Oui, mais, lorsque je retrouve Maxence et Arthur, ils viennent tous les deux de vomir, à une dizaine de minutes d’intervalle. Et ils n’arrêteront plus jusqu’au lendemain matin ! Un épisode très impressionnant. On pense d’abord au fameux « soroche », le mal d’altitude, et je demande à l’hôtel le service d’oxygène (eh oui, ça existe, et en plus, c’est gratuit, mais pas très hygiénique !!!) Cela n’améliore pas leur état. Un couple de médecins présent dans l’hôtel, avec lesquels j’ai engagé une conversation « par hasard », diagnostique plutôt une intoxication alimentaire. Leur état est vraiment inquiétant, ils sont plus pâles que leurs draps. Et se vident de tous côtés. C’est décidé, demain, je reste avec eux. Clément et Florence iront seuls aux iles du lac Titicaca. De toute façon, 4h de bateau, cela ne me fait même pas envie. J’ai aussi la tête qui tangue, et déjà le mal de mer sur terre !!! je vais me reposer et soigner mes petits.

 


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