Lac Titikaka, le 05.08.09

Ecrit par Flo, le 28-08-2009 00:58

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Perche a 3820 metres d'altitude, le lac Titikaka est le plus haut lac navigable au monde. Il atteint 250m dans sa partie la plus profonde, et est virtuellement separe en 2 parties par la frontiere bolivio-peruvienne. Cette separation peu equitable confere au Perou une 40aine d'iles contre 2 seulement pour son voisin Bolivien. C'est d'ailleurs un peu de la triche, parce que les iles flottantes (ou d'Uros) forment la majeure partie des 40 iles peruviennes, et ont ete creees par l'homme...

Que signifie le mot "Titikaka"? "Titi" veut dire "puma", et "kaka" a deux significations selon la facon dont on le prononce: soit "rocher", soit "gris". Conclusion: "Titikaka" signifie "rocher en forme de puma", ou "puma gris". D'ailleurs, si on regarde un plan aerien du lac Titikaka (a l'envers), on peut deviner une forme de puma chassant un petit lapin! (on ne voit pas non plus le rapport avec la couleur grise, ou un rocher...).

Pourquoi cette dimension si mystique? D'abord, et selon la croyance pre-inca, le lac Titikaka serait le berceau de la vie: c'est la que le premier homme serait ne. Mais c'est aussi (et surtout?) parce que la Cite d'Or (l'Eldorado) que les Espagnols ont cherchee pendant des annees, est enfouie sous ses eaux. L'histoire de cette Cite est un peu floue pour moi, mais ce que je sais, c'est que notre cher commandant Cousteau y a participe a des fouilles sous-marines!


Le reveil ce matin a ete un peu difficile: j'ai ete malade une bonne partie de la nuit, vraisemblablement a cause d'une intoxication alimentaire. La perspective de passer ma journee sur un bateau ne me rejouit pas tant que ca, mais pas question pour moi de rater la journee d'excursion sur le Lac Titikaka; tant pis, je prends le risque!

On se prepare donc (creme solaire, appareils photo/videos), en esperant que les garcons aillent mieux ce matin. Ca serait trop dommage qu'ils loupent ca, et puis ca serait moins marrant de passer la journee sans eux...

Une fois prets, on va donc leur rendre visite dans leur chambre, mais Pascale nous arrete: ils ont vomi toute la nuit, et pas de signe d'amelioration pour le moment. Ca sera donc repos toute la journee pour eux aujourd'hui. Et comme Pascale ne supporte pas l'idee de laisser Max et Arthur tous seuls dans cet etat, elle prefere rester veiller sur eux a l'hotel. Quel dommage! Clem et moi on est tout decus de les laisser la... et surtout, on est genes de partir pour une superbe excursion que Pascale seule nous a organisee, alors qu'elle-meme ne peut pas en profiter. Impossible de la faire changer d'avis: elle sait qu'elle ne pourra pas apprecier la journee loin de ses grands malades.

C'est donc tous seuls tous les 2 que nous partons retrouver notre guide Katarina, en promettant a Pascale et aux garcons qu'on prendra un max de photos et de videos pour leur faire vivre l'excursion des notre retour.

Tous seuls, on ne croyait pas si bien dire! Nous qui pensions partir avec 15 autres touristes, c'est carrement un bateau entier (une dizaine de places tout de meme...) qui nous attendait sur le pont, rien que pour nous 3! Un bateau prive pour la journee sur le Lac Titikaka, on n'en revenait juste pas...


Pendant la premiere 1/2 heure de trajet, on a flashouille tout autour de nous: la ville de Puno a flanc de colline en bord de lac, puis l'etendue infinie du lac Titikaka. La journee s'annoncait deja magnifique!

Apres 45 minutes de navigation, nous arrivons a Uros, les iles flottantes construites par les pre-Incas. Aie aie, on n'avait meme pas encore accoste que deja toutes les mammas se ruaient vers le bateau pour nous saluer: "Kamisaraki! Kamisaraki!" ("bonjour, comment allez-vous?" en Aymara, la langue pre-inca parlee sur ces iles). Grace au petit cours prealable de Katarina, on savait qu'il fallait repondre: "Waliki!", ce qui signifie "je vais bien, merci". On se sentait un peu cons, mais ca faisait partie du jeu. On est descendus du bateau, et la les 5 mammas nous ont litteralement saute dessus: et vas-y que je te serre la main, que je t'embrasse etc... Un accueil tres chaleureux certes, mais auquel nous n'avons pas ete tres sensibles, parce que l'on avait ete prevenus que tout ce cirque etait purement monte dans un but commercial. N'empeche, leurs costumes, veritables eux, etaient exceptionnels: larges jupes couleurs fluos, petits gilets multicolores, beaux chapeaux en cuir de lama, et de longues tresses avec des pompons au bout.

On nous a fait asseoir sur un banc de roseau, et on a eu droit a un veritable cours sur les iles Uros, depuis leur creation jusqu'a leur fonctionnement actuel. Le tout illustre bien sur par les mammas et tous leurs petits objets miniatures (maisons, bateaux, blocs de terre...). Alors pour resumer la lecon: au debut, les Incas sont alles chercher au fond du lac de gros blocs de terre melangee a des racines de roseau afin de former la base flottante des iles. Par-dessus cette base, ils ont entasse des couches de tiges de roseau bien fraiches, de maniere a marcher pieds nus sur un sol bien moelleux ;-D. Mais comme ces tiges moisissent vite, ils sont obliges (encore aujourd'hui) de les changer tous les mois! Et enfin, par-dessus tout ce meli-melo, ils construisent leurs maisons... en roseau, of course! En fait c'est assez simple, tout est fait en roseau ici, jusqu'a la base de leur alimentation! D'ailleurs il parait que c'est tres bon pour la sante. Ils nous ont fait gouter, on a fait semblant d'aimer evidemment, mais ca n'avait pas de gout.

Bon, mais c'est pas tout! Ces iles flottantes, elles flottent, me direz-vous! Alors comment font-elles pour tenir en place? Ah! Quelle bonne question! Eh bien a cette enigme les incas avaient trouve leur petit truc: pour eviter que leurs iles ne se retrouvent en moins de deux en terre bolivienne, ils ont attache chaque ile a des grands piquets (en roseau), qu'ils plantaient au fond du lac. Ingenieux! Et tres pratique quand il y a des conflits inter-iles: il parait que parfois, quand une ile fait la gueguerre a sa voisine, les habitants otent les amarres, et l'ile se deplace au gre du vent! Ah, les fourbes.


Apres ce petit cours d'architecture, on a eu droit au defile de stylisme pour illustrer la mode vestimentaire locale: en general, les femmes portent des robes dont la partie superieure est blanche, et la partie inferieure tres coloree. La robe est doublee d'une jupe epaisse pour avoir moins froid la nuit. Elles marchent pieds nus et ont des gros pieds horribles. Elles ont toutes un chapeau a la Guillaume Tell, assez sobre, qu'elles doivent porter en oblique si elles sont celibataires; droit si elles sont mariees. Et le fin du fin, c'etaient les pompons qu'elles avaient au bout des tresses: flashy pour les celibataires, et fonces pour les femmes mariees. C'est d'ailleurs avec ces pompons qu'on drague sur les iles d'Uros: facile, il suffit de les agiter en direction du bien-aime. Et devinez quoi? Clem a eu droit a la petite scene de seduction faite par la plus belle des 5 mammas! Loooooooooooooooooool, il faut absolument que vous alliez voir ces beautes divines dans la rubrique photos!

Bref, tout ca pour vous dire que ces gens vivent vraiment sur une autres planete (ou peut-etre est-ce nous...), c'est assez frappant!


Une fois la lecon terminee, on a eu le droit de visiter la maison d'une famille; 10 m2, peut-etre 12, juste la place pour poser un lit et une radio (quand meme). Et puis la mamma s'est eclatee a nous deguiser en eux: moi j'ai eu droit aux 10 couches de jupes et de gilets, et Clem a un joli bonnet et son sac assorti (cf. photos!), c'etait enorme! Dommage que Max et Arthur n'aient pas ete la, je suis sure que ca leur aurait enleve instantanement leur envie de vomir!

Et comme par magie, des qu'on est sortis de la case, c'est tout un petit marche qui avait ouvert; il n'attendait plus que nous, seuls et uniques touristes sur l'ile! Evidemment, tout etait fait pour qu'on (je...) craque: leur artisanat est vraiment superbe. On a donc fait nos petites emplettes et on est repartis avec des petits souvenirs pour les malades qui nous attendaient a l'hotel.


Tout s'etait donc deroule comme prevu pour les mammas, et au moment du depart, elles se sont mises a nous chantonner des chansons. Au debut, c'etait en Aymara, ca sonnait plutot bien. Mais le drame est arrive lorsqu'elles ont entame les partitions francaises... (evidemment, je me suis empressee de sortir ma camera, ca allait etre un moment d'anthologie!). D'abord: "Sur le pont d'Avignon, on y danse on y danse...". Jusque la, on a reussi a se retenir d'eclater de rire meme si c'etait archi-faux. Mais alors quand est venue la deuxieme chanson, c'etait vraiment trop pour nous: "Aliette, yenti aliette, aliette, ye te ploumere... ye te ploumere la tet', ye te ploumere la tet', et la tet', et la tet', aliette aliette" etc... Il faudra qu'on poste une video sur le site, c'etait vraiment trop drole.

En tous cas, c'etait adorable de leur part, et on est repartis le sourire aux levres et avec leurs petites chansonnettes dans la tete. "Hasta la vista, baby!", qu'elles nous ont lance, toutes en choeur ;-D.


On a navigue seulement 2 heures pour atteindre l'ile Taquile, pourtant a des annees lumieres d'Uros. Deja, Taquile c'est une ile naturelle, et elle fait 300m de haut. Mais en plus, elle est presque toute entiere etagee d'une multitude de terrasses pre-Incas, c'est super joli. Ici, pas de roseau, rien d'artificiel; tout est reste extremement traditionnel. Les maisons sont en terre, avec des toits de paille, et les tenues traditionnelles sont parait-il les plus belles du pays: les hommes portent un pantalon noir et une chemise blanche, une large ceinture coloree et un bonnet, rouge pour les maries; rouge et blanc pour les celibataires. Quant aux femmes, elles portent une jupe noire et une bonne dizaine de jupons de toutes les couleurs, une chemise blanche, un gilet tout colore et un grand chapeau magnifique sur la tete. En fait, leur costume est tellement complexe qu'il est difficile de le decrire (allez voir les photos, ca parle mieux!). Ici, le mode de vie ne semble pas avoir bouge depuis des centaines d'annees, les touristes ne sont pas tres bien vus et les appareils photos encore moins (Yann Arthus, s'abstenir... d'ailleurs, vous remarquerez qu'une bonne partie des photos a ete prise en totale loose-de!). Autre difference: a Taquile, on parle le Quechua (langue Inca) et non l'Aymara (langue pre-Inca, pour ceux qui n'ont pas suivi!).

Apres la montee de 300m, on est arrives sur la Plaza de Armas (ici au Perou, la place centrale de chaque ville s'appelle comme ca), et c'est la qu'on a completement hallucine: non seulement on est tres privilegies de pouvoir visiter un lieu si recule, mais en plus il a fallu qu'on tombe pendant LA fete la plus importante de l'annee; celle de Santiago (Saint-Jacques). Pendant une semaine, les festivites vont bon train sur la place, on danse, on chante, on boit beaucoup et on mache de la feuille de coca, le tout pare des plus beaux costumes. Aujourd'hui, c'est l'avant-dernier jour de fete, on a trop de la chance! Devant nos yeux, le spectacle etait epoustouflant: les femmes et les hommes tournaient autour de la place en dansant, accompagnes par les joueurs de flute peruvienne et de tambour. Leurs chapeaux etaient rehausses de plumes de toutes les couleurs, et les jupes des femmes tournaient, faisant apparaitre les couleurs de tous leurs jupons, c'etait completement OUF! On est restes la tout gagas pendant une bonne 1/2 heure, a prendre des photos et a filmer le spectacle. Sur les cotes de la place, l'animation n'en etait pas moins vivante: les hommes etaient tout saouls (n'oublions pas que c'etait leur 6eme jour de picole...), et les femmes geraient un enorme trafic de feuilles de coca. Bref, tout ce petit monde etait tres fascinant a observer, on s'est regales.

Apres un petit repas typique (soupe de quinoa, truite et the de mounia) dans un boui-boui de la place, on a pris le chemin du retour avec Katarina. Cette fois, on a descendu l'ile de l'autre cote, en empruntant ses 520 marches... on comprend mieux pourquoi ici les habitants sont sveltes alors qu'a Uros, ils sont tous obeses!

Et puis on a repris le bateau pour pas moins de 3h de vogue jusqu'a l'hotel. A l'arrivee, Pascale nous attendait sur le pont avec son appareil photo, c'etait sympa ;-D. Elle nous a tout de suite donne des nouvelles des garcons: apparemment, ils vont un peu mieux, meme s'ils n'ont pas vraiment quitte leur lit de la journee. On est donc montes les voir pour leur raconter notre journee, et des notre arrivee dans la chambre Max nous a calmes avec son record absolu: il a vomi 17 fois en 24h, Arthur aussi... voila qui meriterait d'etre inscrit au Livre des records: "les freres Millier, recordmen du nombre de vomis en une journee"! Pascale etait toujours un peu inquiete, mais heureusement on a croise un couple de medecins dans les couloirs de l'hotel, et ils ont bien voulu monter voir les garcons dans la chambre. Plutot cool ;D. Apparemment, les symptomes s'apparentent plus a une intoxication alimentaire qu'au mal de l'altitude, contrairement a ce que l'on pensait. On leur a donc file les medocs qui nous avaient gueris au Nepal, et Pascale y a ajoute ses meilleures huiles essentielles; ouf, sa trousse a pharmacie geante n'aura pas servi a rien!


Le soir, on est tous descendus manger, sauf Maxence, qui a prefere rester dans sa chambre pour s'attaquer a son record... Au final, Clement a ete le seul a bien manger (un bon gros hamburger)... tandis que Pascale et Arthur se partageaient 1 patate et que moi je piochais les 5 pauvres gnocchis que le cuisinier avait noyes dans une immonde creme aux champignons... (pas tres appetissant quand on a la gerbe).


Reste plus qu'a esperer que les medicaments fassent leur effet sur les garcons et qu'une bonne nuit de sommeil relance un peu tout ca... Tadadada... suspense!

Demain, on redescend de 500m, direction Cuzco et sa vallee sacree!


P.S.: c'est officiel, le record du monde du nombre de vomis en 24h est de... 19! Et notre grand champion se nomme... Maxence Millier (Arthur ayant abandonne lachement... ah le nul, il n'etait pourtant qu'a 2 doigts!). Qui veut relever le defi???

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